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Uje usine de production d'énergie, Abidjan, juin 2012. ©	 REUTERS/Thierry Gouegnon
Uje usine de production d'énergie, Abidjan, juin 2012. © REUTERS/Thierry Gouegnon

Pour que la Côte d'Ivoire devienne un pays émergent

Pour accélérer la croissance de leur pays, il appartient aux Ivoiriens de donner envie aux investisseurs de choisir la Côte d'Ivoire plutôt qu'un autre pays, estime l'éditorialiste Venance Konan.

A Marrakech, au Maroc, où je me suis retrouvé pour suivre la Conférence des amis de la Syrie, le 12 décembre 2012,  j’ai rencontré deux confrères, un Camerounais et une Gabonaise.

«Comment ça va au Gabon?», ai-je demandé à la Gabonaise.  

«Ça va. Nous sommes sur la route de l’émergence et notre président nous a promis que nous y parviendrons en 2025», a-t-elle répondu.

«Nous aussi, a répliqué le Camerounais. Mais comme Biya manque d’ambition, il a promis de nous faire émerger seulement en 2035.»

«Chez nous, c’est en 2020», ai-je ajouté.

Dans ce cas, je vais émigrer chez vous en Côte d’Ivoire, a dit le Camerounais, parce que je ne pense pas que j’aurai la patience d’attendre 2035, comme l’a promis Paul Biya.

C'est quoi, un pays émergent?

Ainsi, tous nos chefs ont promis de faire émerger nos pays à des horizons plus ou moins rapprochés. On peut sourire, lorsque nous nous rendons compte que tous nous promettent la même chose en même temps.

Mais est-ce impossible? A priori, non! Mais on peut poser la question autrement. Est-ce possible? Avant d’y répondre, il est peut-être bon de répondre à des questions préalables.

Qu’est-ce qu’un pays émergent? Je crois que c’est un pays qui est en train de sortir la tête hors de la misère, mais dont le corps est toujours plongé dans la pauvreté.

Quelles sont les conditions pour être un pays émergent? Je crois que l’émergence se constate à partir d’un certain nombre d’indicateurs, dont ceux de la croissance, du taux de pauvreté, de la mortalité infantile, de l’alphabétisation, de l’accès aux soins de santé, des routes bitumées, de l’emploi, etc.

Le Maroc est-il un pays émergent? Ai-je demandé à mes interlocuteurs. Après une brève discussion, la réponse a été négative.

Du Maroc que je visite pour la première fois, je ne connais, pour l’instant, que la route entre l’aéroport de Casablanca et l’hôtel où je réside à Marrakech.

Je n’ai même pas encore eu le temps de visiter la ville dont on m’avait vanté, depuis longtemps, la beauté. Mais cette seule route et tous les échangeurs que j’y ai vus m’indiquent que, en matière de route, nous, en Côte d’Ivoire, sommes encore loin du Maroc.

Un de mes interlocuteurs qui connaît bien le Maroc me confirme qu’aucun de nos pays d’Afrique subsaharienne qui affirment vouloir émerger dans quelques années ne peut se comparer au royaume chérifien.

«Il ne faut pas rêver. Il y a les pays d’Afrique du Nord, qui jouent peut-être dans la même équipe que l’Afrique du Sud d’un côté, et nous de l’autre côté.»

L'impératif de la bonne gouvernance

Avant de quitter Abidjan, l’ambassadeur marocain avec qui j’avais échangé me disait que son pays, qui n’a pas beaucoup de ressources naturelles, a misé sur trois choses: la formation, l’artisanat, et le tourisme.

Le jour de mon arrivée, un reportage d’une chaîne de télévision française présentait le Maroc comme la banlieue industrielle de la France, parce que de nombreuses entreprises des domaines de l’automobile, de l’aéronautique, de la téléphonie, pour ne citer que ceux-là, cherchaient toutes à s’y délocaliser.

Parce que ce pays a une main-d’œuvre bien formée et bon marché, sans compter de nombreux autres avantages offerts aux investisseurs et le fait qu’il soit à deux pas de l’Europe.

Aujourd’hui, les entreprises marocaines sont à l’assaut de nos marchés à nous, pays subsahariens. Qui a envie de se délocaliser chez nous? Personne. Parce que nous n’avons aucune main-d’œuvre qualifiée en quoi que ce soit.

Pendant dix ans, nous avons trouvé très intelligent de saboter notre école pour la remplacer par des agoras et autres Sorbonne, où l’on enseignait la haine, la violence et la stupidité.

Pendant ce temps, le Maroc développait son système éducatif, au point d’attirer bien des étudiants étrangers. Ceux des parents chez nous qui en avaient les moyens et qui étaient soucieux de voir leurs enfants échapper à l’enseignement de nos Refondateurs les envoyaient au Maroc.

Si nous voulons vraiment prendre le chemin de l’émergence, et si nous voulons vraiment y arriver en 2020, nous avons intérêt à mettre le paquet sur l’éducation dès maintenant.

Il ne faut uniquement compter sur le café ou le cacao

Il ne s’agira pas de faire semblant, ou de faire croire, mais de développer réellement le système éducatif, afin qu’il soit compatible avec nos ambitions. Sur quoi comptons-nous pour émerger?

Si c’est uniquement sur le café, le cacao, l’hévéa, le palmier à huile et le pétrole, je crains que ce ne soit pas assez. Le président ivoirien Alassane Ouattara est revenu de sa visite à Paris (début décembre) avec plus de 4.000 milliards de francs CFA (plus de 600 millions d'euros) de promesses d’investissements chez nous.

Si nous voulons que ces promesses deviennent des réalités, il faudrait que nous débarrassions nos tribunaux de leurs juges pourris et que nous nettoyions nos rues et routes de tous les agents racketteurs dont l’unique fonction est de ralentir les activités économiques et de ponctionner à leur seul profit le revenu de ceux qui produisent de la richesse.

Il faudra, comme le fait le Maroc, que nous donnions envie aux investisseurs de choisir notre pays plutôt qu’un autre. Plutôt que le Ghana, par exemple, où ils ont réussi à mettre fin au racket des forces de l’ordre et à rendre leur pays attractif.

Alors, est-il possible pour nous d’émerger? Oui, mais nous avons beaucoup d’efforts à faire. Le premier est de sortir du folklore.

Venance Konan

 

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Venance Konan

Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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