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Elections

Les Mozambicains votent mardi pour des élections générales sous tension qui pourraient contraindre le parti au pouvoir depuis 1975, affaibli par une crise économique et les conflits armés, à céder une partie de son contrôle sur le pays.

Quelque 13 millions d'électeurs sont attendus dans les plus de 20.000 bureaux de vote du Mozambique, un des pays les plus pauvres du monde, au terme d'une campagne considérée comme l'une des plus violentes de son histoire.

Sauf énorme surprise, le chef de l'Etat sortant Filipe Nyusi et son Front de libération du Mozambique (Frelimo) devraient une nouvelle fois l'emporter sur leur rival Ossufo Momade et sa Résistance nationale du Mozambique (Renamo) lors de la présidentielle et des législatives.

Le gouvernement et l'ex-rébellion de la guerre civile (1975-1992), devenue principal parti d'opposition, ont signé en août dernier un accord de paix et de désarmement censé mettre un terme définitif aux affrontements sporadiques entre les deux camps qui avaient repris en 2014.

En vertu de ce texte, les gouverneurs provinciaux du pays, jusque-là nommés par le gouvernement, seront élus mardi pour la première fois.

La Renamo pourrait ainsi priver le Frelimo du contrôle de trois à cinq des dix régions du pays, une grande première, selon des analystes.

"Ce scrutin constitue un test pour la démocratie du pays", a résumé l'avocat Ericino de Salema, de l'Institut électoral pour une démocratie durable en Afrique. "La géographie politique du pays pourrait changer de façon substantielle, peut-être même dégénérer en affrontement".

- "Survivre à tout prix" -

Emaillées de nombreux incidents violents, les six semaines de campagne officielle en ont donné un inquiétant avant-goût.

Ces tensions ont culminé avec l'assassinat il y a une semaine d'une figure de la société civile de la province de Gaza (sud) chargée de l'observation des élections, abattue au volant de sa voiture par des policiers.

"Pendant cette campagne, il y a eu beaucoup d'exemples de persécution, d'intimidation et d'agression", a déploré Luter Simango, député du Mouvement démocratique du Mozambique (MDM, opposition).

"Le Frelimo a peur de se retrouver dans l'opposition. Alors il utilise tous les moyens de l'Etat pour survivre (...), y compris la police et les services secrets", a-t-il accusé.

Lors des élections locales l'an dernier, le Frelimo a réalisé la plus mauvaise performance électorale de son histoire avec "seulement" 51,8% des suffrages au niveau national.

Depuis 2016, son gouvernement est fragilisé par une grave crise financière causée par le scandale de sa "dette cachée", un emprunt secret de 2 milliards de dollars qui a mis au jour une vaste opération de corruption au sommet de l'Etat.

Il est en outre confronté depuis deux ans à une mystérieuse insurrection islamiste qui a fait des centaines de morts dans la province du Cabo Delgado (nord) et risque d'y retarder l'exploitation très attendue de prometteuses réserves sous-marines de gaz.

- 'Victoire sans bavure' -

Cette situation d'insécurité a déjà contraint la commission électorale à annuler le scrutin dans dix bureaux de vote.

Même affaibli, Filipe Nyusi s'est déclaré sûr de l'emporter.

"En quarante-quatre ans de pouvoir, même avec la guerre, le Frelimo a fait beaucoup de choses et va continuer", a déclaré sûr de son fait Castro Davis, un fonctionnaire de 42 ans venu l'applaudir samedi à Maputo. "Nous allons remporter une victoire nette et sans bavure".

Dans la foulée de sa poussée aux élections de 2018, la Renamo entend bien contrarier ces objectifs, même si Ossufo Momade n'a pas l'aura de son prédécesseur Afonso Dhlakama, décédé brutalement l'an dernier.

"Tout le monde, pas seulement moi, espère la victoire afin que la situation du peuple mozambicain s'améliore", a dit Elena Jorge, mère de famille de 50 ans déterminée à voter pour l'opposition. "Mais je crois que ces élections ne seront ni libres, ni honnêtes, ni transparentes".

Ces dernières semaines, la société civile a pointé du doigt l'existence de nombreuses anomalies, dont la présence massive d'électeurs "fantômes".

"Certaines irrégularités entachent tout le processus", a accusé Hermenegildo Mulhovo, de l'ONG Sala da Paz. Le meurtre de son collaborateur "a créé un climat d'intimidation qui fait que le travail des observateurs ne sera pas aussi libre qu'espéré".

"Si ce n'est pas le cas", a averti le député Luter Simango, "il est évident que nous allons avoir de la violence et que le scrutin ne sera pas crédible".

AFP

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