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Ce qu'on va bien pouvoir faire du Mali

Les islamistes regardent le Sud-Mali dérouler son théâtre de boulevard qui fait de moins en moins rire. Texte et dessin de Damien Glez.

«Django arrive, préparez vos cercueils!»: le western spaghetti réalisé en 1970 par Giuliano Carnimeo a marqué les esprits des cinéphiles africains.

Un chasseur de primes y était confronté à un autre pistolero nommé Sabato.

Au Mali, c’est un Diango… Sissoko —prénom de western et patronyme de cinéaste— qui arrive à la primature, prévenant qu’il entend «reconquérir le nord du Mali». Avec ou sans cercueils?

Au prix de combien de duels poussiéreux orchestrés par son Sabato à lui, le capitaine Sanogo?

Trop tôt pour le dire, mais le Mali actuel ressemble bien à un décor de film de cowboys.  Grands espaces semi-désertiques, moitié du territoire livrée à des shérifs autoproclamés et des hordes d’aventuriers sans foi ni loi, desperados voleurs de reliques, «hommes bleus» en guise de peaux rouges, falaises de Bandiagara comme Grand Canyon, cavalerie de la Cédéao (Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest) qui se fait attendre pour mieux distiller le suspense, kidnappeurs ou trafiquants de gnôles et autres substances illicites…

Trop tôt pour dire si ce «Django» malien saura remettre au pas son pays à grands renforts de six coups.

Que peut faire un Premier ministre dans une nation qui se demande si elle a un président, dans un Etat où le plat de l’épée qui adoube est d’emblée moins légitime que le tranchant de l’épée de Damoclès d’un béret vert?

Un western de mauvais goût

Si les westerns ne sont pas réputés pour la sophistication de leurs scénarios, le long métrage qui se déroule au Mali brille par son absence de scripts, chaque acteur improvisant à sa guise ses répliques et ses actes.

Les observateurs croyaient que la République démocratique du Congo, ses kabilo-post-mobutistes et ses tshisekedo-lumumbistes avaient atteint le summum de l’imbroglio politique. Avec ses politiciens-pro-putschistes et ses islamo-touaregs, le Mali pourrait détrôner l’ex-Zaïre….

La situation malienne pourra-t-elle être réglée par les Maliens, comme tout le monde le souhaite, soit par anti-paternalisme soit par couardise? Faudra-t-il, au contraire, qu’une communauté internationale pudiquement organisée en strates plus ou moins africaines ne se demande avec condescendance: «Mali, que va-t-on faire de toi?» Et que faire concrètement pour dénouer l’écheveau?

Envisageons quelques pistes volontiers loufoques, puisque le ridicule ne tue plus dans cette partie du globe…

—La légitimité (ou le manque de légitimité, c’est selon) étant la chose la mieux partagée dans le landernau malien, il devient logistiquement chimérique et politiquement illusoire d’organiser une élection présidentielle avant la résolution de la crise séparatiste et de sa kyrielle de sous-crises.

On pourrait alors départager les prétendants avec leurs pages «dédiées» sur Facebook. A l’heure où nous mettons sous pixels, le grand vainqueur du scrutin serait Cheick Modibo Diarra avec 1160 «j’aime» sur sa page officielle, contre 780 pour Dioncounda Traoré, 147 pour Amadou Haya Sanogo et 5 pour Iyad Ag Ghali.

La page «Diango Cissoko (centre d’intérêt)» compte 0 «like» (peut-être devrait-il songer à s’aimer lui-même). Contre-argument: si l’on s’en tenait à ce jeu de la popularité, c’est le chanteur Salif Keïta qu’il faudrait bombarder président, lui qui enregistre 7963 «j’aime»…

— S’il faut considérer davantage la notoriété que la popularité, Cheick Modibo Diarra enregistre 979.000 entrées sur Google. Dioncounda Traoré n’est «Googlisé» que 721.000 fois contre 349.000 pour Amadou Haya Sanogo, 212.000 pour Iyad Ag Ghali et 162.000 pour Diango Cissoko…

—Puisque la Cédéao et des Occidentaux frileux tardent à intervenir militairement au Nord-Mali, l’Azawad pourrait être proposée comme terrain d’expérimentation aux Nord-coréens et leurs missiles balistiques. De quoi faire un ménage radical…

—Pourquoi ne pas en finir en organisant un tournoi de sport de combat où s’affronteraient les principaux prétendants au pouvoir? Comme ça, pas de victimes collatérales.

Que le moins mauvais gagne

Comme chacun a sa discipline de prédilection, il sera retenu une compétition freestyle. «Venez comme vous êtes», affirme la plus célèbre marque de fastfood.

Cheick Modibo Diarra pourrait alors croiser le téléscope avec le sabre à poignée de cuir de dromadaire de Iyad Ag Ghali. Que le moins mauvais gagne…

—Suivant l’adage qui recommande d’aider parfois son voleur à porter le butin, si l’on n’arrive pas à le mettre hors d’état de nuire, peut-être pourrait-on encourager le capitaine Sanogo à établir une dictature militaire à l’ancienne, sur toute l’étendue du territoire malien, en pariant sur le fait que le très prochain maréchal Sanogo «exploserait en plein vol».

«Quand le canari se casse sur ta tête, il faut en profiter pour te laver», dit un autre adage…

—Si une intervention militaire «délogeuse» de terroristes peine à se goupiller, peut-être faudrait-il réunifier inversement le Mali en aidant les islamistes à établir la charia sur l’ensemble du territoire.

Le capitaine Sanogo (celui qui se prend pour le général de Gaulle, mais ressemble à Dadis) verrait sans doute son béret amputé pour vol de prérogatives. Omar Mariko (celui qui se prend pour Guillaume Soro, le président de l'Assemblée nationale ivoirienne) serait sans doute fouetté pour amours inconvenantes avec les putschistes.

—Le morcellement des parcelles de pouvoir est tel que la balkanisation pourrait être sérieusement envisagée comme une solution par défaut. On pourrait alors créer officiellement: un Sahélistan pour islamistes de tout…poil; une province-caserne pour les bérets verts et une autre (sans frontière commune) pour les bérets rouges; un département libyen pour les Touaregs (le désordre est tel en Libye que les autorités ne remarqueraient rien); une mégalopole de retraite pour anciens chefs d’Etat avec direction collégiale d’Amadou Toumani Touré, Moussa Traoré et Dioncounda idem; une principauté bamakoise dont on remettrait les clefs à Alpha Omar Konaré et que-s’il-n’est-pas-d’accord-c’est-pareil-faut-pas-qu’il-commence-à-nous-fatiguer.

Oumar Mariko serait bien inspiré de s’installer dans le camp burkinabè de Goudébou libéré par les réfugiés. Les Chinois souhaitant cultiver prochainement des légumes sur Mars, on pourrait leur demander d’y déposer l’astrophysicien Cheick Modibo Diarra qui pourra y cultiver son jardin.

Damien Glez

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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